L'alpiniste René Desmaison, né dans le Périgord en 1930, s'est éteint hier à 12h15 des suites d'une longue maladie à 77 ans à l'hôpital de la Timone à Marseille. Il sera incinéré et ses cendres dispersées aux quatre vents dans le massif du Dévoluy dans les Hautes Alpes.
Celui qui va devant
Alpiniste de légende qui a marqué l'histoire de la montagne par ses exploits, René Desmaison s'en est allé de l'autre côté du miroir. Il était avant tout un guide; celui qui ouvrait la voie, qui, par ses écrits, ses films, et ses conférences, savait nous faire partager le monde de l'alpinisme, son univers et ses dangers. Retour sur une vie bien remplie.
Rien ne prédestinait le jeune Desmaison qui voulait être navigateur, à devenir guide de haute montagne. C'est à la mort de sa mère que son parrain l'emmène à Paris. Là, en 1954, il fait la connaissance de quelqu'un qui va fixer son destin pour toujours : Jean Couzy. Faisant partie des Bleausards, ce jeune grimpeur entraîna Desmaison vers son groupe de copains qui se livraient à l'escalade sur les rochers de la forêt de Fontainebleau. En peu de temps, l'élève fit des progrès rapides !
Ensemble, Jean Couzy et lui s'offriront de nombreuses ascensions ainsi que de belles premières. Il en aura 114 à son actif au moment de raccrocher piolet et crampons. Il fut, d'après la formule de Lionel Terray, un bon alpiniste : "Un bon alpiniste est un alpiniste vivant, qui a su rentrer de sa course en montagne". Il meurt hier, en ce 28 septembre, dans un lit de souffrance dans la blancheur immaculée d'une chambre d'hôpital. Aurait-il préféré le linceul d'une crevasse, un trou dans la neige qui se serait refermé pour toujours ? Je ne le sais pas...
Face à face
Pour ceux qui ne le connaissent pas, Desmaison, devenu un très grand alpiniste, grimpe tant dans les Alpes que dans l'Himalaya ou les Andes. Il fut un des premiers à pratiquer le grand alpinisme hivernal en réalisant la première de la face ouest des Drus en 1957, puis celle de la face nord de l'Olan en 1960.
Précurseur
En 1966 il déclenche une polémique suite à un sauvetage dans la face ouest des Drus. Il réussit avec son ami Gary Hemming à sauver deux alpinistes allemands en perdition. Il sera radié de la Compagnie des Guides de Chamonix. mais, le drame de sa vie, c'est dans les Grandes Jorasses en février 71 qu'il le vivra lorsque son compagnon Serge Gousseault agonise à ses côtés au terme de deux semaines passées à batailler dans la face Nord de la pointe Walker. Il racontera cette aventure humaine, véritable tragédie Grecque dans un livre au récit poignant : "342 heures dans les Grandes Jorasses". Desmaison critiquera les moyens mis en place notamment par Maurice Herzog (à l'époque maire de Chamonix qui dirigeait alors le secours en montagne) pour lui venir en aide. En effet, il faudra qu'ils attendent plus de trois jours au cours desquels Serge Gousseault finira par mourir de froid et d'épuisement pour qu'un hélicoptère, piloté par Alain Frébault, venu de Grenoble, démontre la faisabilité d'une intervention héliportée. René Desmaison fut un miraculé de l'Alpe homicide...
Il a poursuivi sa carrière de guide international, de cinéaste, et d'écrivain. Plus de mille ascensions sur tous les continents récompenseront cet aventurier spécialiste des coups d'éclats médiatiques.
La passion chevillée au corps
Desmaison a fait rêver des générations d'alpinistes, dont mon père et moi...
La montagne à mains nues.
"Les montagnes immortelles, souveraines, règnent sur votre c½ur, car vous ne pouvez pas oublier, n'est-ce pas ? Si, une seule fois, vous avez vu, au sommet d'une montagne, le soleil émerger de la Terre. Si, une seule fois, accrochés de toutes vos forces à la montagne, vous avez senti que votre vie ne dépendait plus que de vos deux mains. Vos deux mains nues, crispées désespérément sur le granit."
L'alpiniste est un colosse aux pieds d'argile transporté par l'ivresse des sommets, mais accablé par l'angoisse des pitons instables, des cordes sournoises, des mousquetons infidèles qui filent dans le vide, du piolet qui s'engouffre dans la crevasse assassine, par tous ces objets animés auxquels il doit confier sa vie.
Si son palmarès est celui d'un surhomme, sa souffrance d'avoir survécu à tous ces amis disparus, est celle d'homme blessé et meurtri. Le prix à payer pour tous les miraculés. De la montagne et de la vie.
René Desmaison : un homme qui n'aura laissé personne indifférent. Surtout pas moi. Enfant, j'ai suivi en direct à la radio pendant les vacances de Février les 342 heures de souffrances et lutte pour sa vie dans les Grandes Jorasses, ainsi que la vive polémique qui suivit.
Cette histoire et ce livre qui sont un hymne magnifique à cette paroi devenue mythique sont sans doute à l'origine de ma passion pour la montagne. C'est mon père qui m'a pris par la main pour me faire découvrir ce monde magique et grandiose où l'intensité de la vie se ressent à chaque instant. Lui aussi est un amoureux des grands espaces ; il sait, comme moi, que plus haut, la vie se vit plus fort, et que les difficultés et les obstacles que l'on y rencontre sont un défi à notre condition d'être humain, fuyant et recherchant la solitude qui offre la paix de l'âme.
Bibliographie
· La montagne à mains nues.
· 342 heures dans les Grandes Jorasses.
· Protégeons la montagne.
· Professionnel du vide.
· Les Andes vertigineuses.
· Au royaume des montagnes.
· Pérou-Equateur.
· Les grimpeurs de muraille.
· Les forces de la montagne.



