En ce dernier dimanche de Juillet, le petit village de Grignan a accueilli la 17e édition des "Foulées de la Marquise". Il s'agit d'une course pédestre de 10,8 km vallonnée qui a réuni cette année 230 coureurs venus de 10 départements ! Des joggeurs, des touristes, des bons régionaux et des élites, spécialistes de la montagne. L'âme de Madame de Sévigné veille sûrement sur ce village qui sent bon la Provence avec son ciel bleu, sa lavande, ses champs de vigne à perte d'horizon, et son circuit de roses anciennes...Du haut de son Château Renaissance (classé), construit sur un piton rocheux, elle a sans doute regardé avec bienveillance un peloton coloré qui s'est élancé dans le vent dès 9h30. Les premiers, venus pour la gagne, n'ont pas pris le temps d'admirer ni les anciennes maisons gothiques ni les voûtes du 12ème et 14ème siècle bordant les ruelles pittoresques de cette citadelle du moyen-âge. On ne peut pas le leur reprocher ! Tant pis, ils devront revenir un autre jour s'ils veulent visiter la collégiale St-Sauveur du 16ème siècle qui abrite le tombeau de la Marquise de Sévigné, ou se rafraîchir au lavoir monumental qui trône sur la place du Mail. La tour carrée et la Maison du Bailli attendront aussi ! Un peu d'histoire ? La Marquise de Sévigné a vécu au siècle de Louis XIV, tout en n'étant pas une femme de Cour. Au travers de sa correspondance on peut trouver la description des hommes et des choses de son époque. On peut dire d'elle, je crois, qu'elle fut chroniqueur de son temps...Ce sont ses lettres échangées avec sa fille Françoise Marguerite Comtesse de Grignan qui, publiées après son décès, la rendirent célèbre. Elle s'installa dans ce petit village en 1694 et y mourut en 1696. C'est alors qu'elle passa à la postérité !
Vu de l'intérieur !
La fatigue est là; une nuit blanche, 2 courses majeures en 2 semaines dans les Pyrénées, des randos toniques, faut pas s'étonner. Les jambes sont lourdes et le souffle est court. Je serais plus en forme pour profiter du Festival de la Correspondance organisé tous les ans pour célébrer le tricentenaire de la mort de la Marquise, ou bien pour assister aux Fêtes Nocturnes où de nombreux comédiens costumés font revivre le château de Grignan comme au temps de Madame de Sévigné. C'est dans ce cadre exceptionnel, que plusieurs spectacles sont donnés en soirée, dans les jardins et sur les terrasses. En cet été 2007, ce sera la pièce de Théâtre de de Shakespeare "Mesure pour Mesure" mis en scène par Adel Hakim...
La course !
9 h 35, le décompte libère les coureurs, et ça part vite, autant chez les filles que chez les garçons. Chantal Baillon prend les commandes, suivie de près par Amandine Ferrato et...par moi ! Euh pas très longtemps en ce qui me concerne. Je vois les deux animatrices du jour qui vont devoir se départager sans mon intervention. Je pense que la victoire reviendra à la Montilienne, car Chantal est dans le même cas que moi, elle a accumulé pas mal d'efforts, et il serait fort étonnant, voire stupéfiant (sic !) qu'elle dépose sa rivale aujourd'hui. De toute façon, Chantal ne se mettra pas dans le rouge pour une course du Challenge Drôme/Ardèche, évidemment, elle a d'autres ambitions et réserve ses forces pour les diverses manches de la Coupe de France de montagne, ainsi que pour les Championnats de la spécialité le 26 Août. Il s'agit de ne pas se tromper d'objectif. Quant à moi, je n'ai pas d'autres motivations que de rallier l'arrivée dans les meilleures conditions, vu ma forme du moment. Je me suis mise "minable" il y a 2 semaines à La Crémaillère", ça suffit pour mon compte ! Je prends mon train de sénateur et profite de l'ambiance de la course, du panorama somptueux qui s'offre à mes yeux émerveillés...Trop beau la Drôme Provençale !
Notre parcours nous entraîne à travers les vignes, et sur des petites routes, parfois ombragées, parfois...non, malheureusement, surtout lorsque la pente s'accentue ! Je suis 3e de la course, tout va très bien, Madame la Marquise. Position fort confortable, ma foi. Je ne reviendrai jamais sur les premières, sauf si je trouve une moto de cross sur le parcours ! L'écrémage se fait à chaque kilomètre et ceux qui étaient partis en surrégime sont en perdition. Euh, je vais être écrémée moi aussi ? Eh oui, entre le 7e et le 8e kilo, je ralentis malgré moi sur une partie assez technique (pierres, sable, mono-traces creusées en rigole). Derrière, un souffle féminin. Oh, je n'ai pas besoin de me retourner pour vérifier. Je les reconnais entre mille, les yeux fermés ! Mince ! Ma 3e place sur le podium chancèle ! Le sentier s'élargit et hop, je suis doublée. Par une fille ? Non, par deux !!! Le première, Marjorie Gombert de Pont Saint Esprit, je ne la connais pas, mais je l'avais remarquée pendant mon footing d'échauffement et je m'étais dit : "Jolie foulée...". La seconde n'est pas une inconnue pour moi, c'est Sophie Simonin, une très bonne athlète du CA Valence, vainqueur notamment du semi-marathon de Lyon l'an dernier.
Vais-je m'accrocher à leur foulée ? Non. Je n'essaye même pas. Je suis déjà à mon maximum et ma punition me suffit. Je regarde, songeuse, le podium scratch s'éloigner...Tant pis, aujourd'hui je devrais me contenter de celui qui récompense les catégories; je ne ferai pas la fine bouche, mais se faire rattraper à 3 km de l'arrivée, c'est rageant, mais c'est la course ! Je ne veux pas (ni ne peux sans doute !) me mettre dans le rouge. Beh, oui, je ne suis pas en forme tous les week end. Certains et certaines y arrivent, moi, je ne sais pas comment ils (elles) font ! Moi, j'ai besoin parfois de récupérer. Heureusement, l'hémorragie s'arrête, et plus aucune fille ne me doublera sur les derniers kilomètres. J'accélère dans la dernière descente pour rattraper quelques garçons, il faut bien que je me venge, non ? La course se termine dans un champ; je franchis l'arrivée main dans la main avec mon copain Raymond de l'ASPTT Valence. Nous avons fait une bonne partie du parcours ensemble, nous encourageant mutuellement. Dès que l'un faiblissait, l'autre le relançait. Je me refuse donc de disputer le sprint d'arrivée avec lui, me retourne, lui tends ma main et nous coupons la ligne sous des applaudissements nourris. Une embrassade mouillée de sueur nous réconforte dès notre passage dans les barrières...La course, c'est ça aussi !
Bilan des courses :
Chantal prend comme je l'avais pronostiqué une deuxième place à moins d'une minute de l'athlète montilienne, la senior Amandine Ferrato. 3e Marjorie Gombert (espoir), Sophie Simonin 4e (senior) et après..., moi ! Je prends une deuxième place chez les V1. Mais, lors de la remise des récompenses, les organisateurs ayant défalqué les vainqueurs du scratch, je monterai comme 1ère V1 !
Et une coupe de plus et...encore plus intéressant pour mes amis, et notamment pour les kikous amateurs de fins breuvages, un carton de bons Côtes de Rhône rouge, bien de chez nous ! Chez les garçons la bagarre a fait rage également et l'Ardéchois Nicolas Pasquion, qui fut en équipe de France de Montagne, n'est pas descendu de ses montagnes pour faire un footing figuratif ! Il aura fort à faire pour se débarrasser de son poursuivant, l'excellent Rachid Touaf, de l'EA Grenoble, d'ailleurs, ils finiront main dans la main, dans un magnifique geste d'amitié.
Portrait de Nicolas Pasquion :
Vainqueur de la Coupe de France FFA 2004. Vice champion de France en 2004 (Annemasse 74 - montée du Salève) Vice champion de France en 1998 (Satillieu-Lalouvesc 07) Vice champion de France junior 1991 de course en montagne (Villard de Lans 38). Bref, un spécialiste de la montagne... Le 3e Jérôme Lafitte, de Tournon, le 4e Yassine Bakaria du CA Valence et le 5e Paul Schlitz de Crest est le 1er V1.
A noter également que les organisateurs offrent à tous les participants l'entrée à la piscine, sis au pied du Château...Royal pour le décor et la récupération ! Tout ce petit monde se retrouve pour un repas convivial autour de plateaux généreusement garnis et servis par des bénévoles aux petits soins.
Le speaker Jocelyn Giraud assurera l'animation de la remise des prix avec le dynamisme et le talent qu'on lui connaît. Tous les lauréats du jour repartiront avec des cartons de vin, des fleurs, des tee-shirts, etc...
Qu'il me soit donné ici, la possibilité de remercier chaleureusement Denis Vigne ainsi que toute son équipe d'organisation. Voilà des courses de village, et ce n'est pas péjoratif, loin de là, qui permettent de réunir des coureurs de tout horizon qui ne vont pas se déchirer pour prendre une prime et puis repartir tout aussi vite dans leurs contrées respectives ! Ces épreuves conviviales viennent animer les ruelles de nos villages qui pourraient s'alanguir sous le soleil d'un dimanche de Juillet.
Du haut de son château, en un dialogue surréaliste, la Marquise aurait pu demander à Denis, l'organisateur heureux de cette course pédestre, s'il était satisfait de sa matinée. Et l'infatigable cheville ouvrière des Foulées aurait répondu :
"Oh, c'est beaucoup de travail d'organiser tout ça, mais à part ça, Madame la Marquise, tout va très bien, tout va très bien !"
Quid de la Section Loisir ? Arrivée à Grignan à 8 h15, j'ai la joie de retrouver quelques uns de mes athlètes : Franck Delannoy, Véronique Fijalek (5e V1) qui rentre de vacances en Bretagne (elle m'offre, à ma grande surprise un superbe tee shirt : Le Bout du Monde que je mettrai d'ailleurs dès ce matin pour aller à la piscine), Nuria Bretheau, Christophe Fluck et Luc Way, le neveu de Chantal qui reprend le chemin des courses : il y a 3 mois, Luc s'est blessé au genou pendant un match de foot...
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